Angèle Dumont

Née en 1996 à Paris, diplômée en 2020 de l’Ensba Lyon, vit et travaille entre Lyon et Bellegarde-en-Diois.

 

“Les images d'Angèle Dumont condensent des enjeux propres au documentaire. À partir d'événements ou de sujets qui lui sont proches, il s'agit de produire un récit qui cherche la bonne distance. Que ce soit des images-mouvement ou bien des images figées, elles mettent en scène des atmosphères souvent feutrées. Elles montrent tout en dissimulant comme si quelque chose était à protéger du regard.” Elise Legal

 

Proposition pour le Prix Hélène Linossier 2020

 

La Traversée

 

Vidéo 

 

Un chien et un loup. 

 Quatre pattes. Une queue. Des poils, un museau, une gueule. Pourtant ils diffèrent m’a-t-on dit, par leur socialisation. Par leur cri également ; quand certains aboient, d’autres hurlent. Ils font partie de la même espèce, Canis lupus, mais portent des différences physiologiques certainement dues à la domestication du chien par l’homme. Pourtant il existe un moment où un chien pourrait être loup, et un loup un chien : dans cet interstice qui sépare le jour de la nuit, dans cet entre-deux de lumière, ou les yeux humains ne sont plus capables de les distinguer.

 

 Nous arrivons par le dernier bus, au crépuscule. Cette nuit, quinze d’entre eux tenteront de passer. Alors il leur est dit qu’il faudra se séparer, en petits groupes. Ils décident donc d’en faire deux. L’un prendra le versant de droite, l’autre celui de gauche. 

 Les derniers détails. N’oubliez pas, il ne faut marcher ni trop haut, ni trop bas. Trop près du sommet c’est dangereux, vous pourriez vous blesser, en bas aussi c’est dangereux, ils pourraient vous repérer. Si vous percevez une lumière, cachez-vous. La lumière trahit. Tant celle des phares, que celle d’une lampe qui balaye les arbres, que celles de la ville. Toujours rester dans l’ombre. Nous disons au revoir, bonne chance aussi et surtout bon courage.

 Et il suffit du temps de ces derniers mots,  la lumière n’est presque plus. Alors ils avancent, sur le petit chemin, traversent le pont et s’engouffrent entre les sapins à mesure que tombe l’obscurité. Sur le retour, le silence nous a enveloppés. Et l’on se redemande : qu’est-ce qui diffère? Entre eux et nous. Les chiens des loups.

 À l'heure du loup, la nuit transforme la montagne. Celle-ci devient cette nouvelle mer à traverser, et chacun de nous devenons les témoins endormis de ce passage. Le déplacement doit se faire loin de la vue de tous, comme s’ils n’appartenaient pas, ou déjà plus, à ce monde. Les pentes deviennent plus glissantes, les chemins plus escarpés, les roches plus menaçantes, la neige meurtrière. En haut, la crête de leurs incertitudes dessine un trait entre le ciel et le granit.

 C’est comme si on avait inversé le sens des choses. Ce qui auparavant était pour moi un territoire synonyme de liberté, de grandeur, la manière la plus sauvage et exacerbée pour la nature de montrer sa beauté, prend aujourd'hui une tout autre signification. Chaque détail du paysage change de caractère. Ce qui le jour rassure, la nuit inquiète. Ce qui avant semblait attrayant s’avère aujourd’hui hostile. Ceux qui semblaient veiller sur la vallée sont ceux qui traquent. Et c’est justement cette inversion qui accentue l’écart entre les chiens et les loups. Les marcheurs du jour et ceux de la nuit.

CONTACTS

Mail : dumont.angele@gmail.com

Instagram : angele_dumont_ 

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